
Comme de nombreux autres sujets qui touchent les femmes, l’automutilation en est un tabou et très peu discuté. La preuve, c’est qu’il suffit de faire des recherches sur Internet pour s’apercevoir que le sujet n’a pas été souvent traité. Pourtant, cette problématique est présente.
Et elle est souffrante.
De quoi parle parle-t-on exactement quand on parle d’automutilation?
J’ai trouvé une définition sur le site de la société Elizabeth Fry :
«Comportement physique, émotionnel, social ou spirituel adopté par une femme dans l’intention de se nuire à elle-même. Il s’agit d’un moyen de faire face et de survivre à une douleur émotionnelle et à un sentiment de détresse découlant d’épisodes traumatisants d’abus et ou de violence dans l’enfance et à l’âge adulte. C’est une action significative remplissant une variété de fonctions dans la lutte de la femme pour sa survie.»
Par contre, je ne suis pas d’accord avec l’expression «faire face» qui y est utilisé, car c’est au contraire, de la fuite. Ce qui revient dans les écrits que j’ai consulté, c’est qu’il s’agit d’une stratégie d’adaptation malsaine. Faire face est une stratégie saine. Donc, je crois qu’il est important de faire cette nuance.
Sur ce même site, on recense six grandes catégories d’automutilation qui incluent les blessures physiques (se couper ou se brûler la peau, se gratter jusqu'au sang, empêcher les blessures de guérir en enlevant les croûtes sur la peau, se casser les os en les frappant constamment, se frapper jusqu'à provoquer des ecchymoses), les comportements autodestructeurs (l’abus de substances, la consommation de produits toxiques), les relations destructrices, l’évocation du suicide, la chirurgie plastique compulsive et l’automutilation découlant de troubles psychiatriques.
Qu’est-ce que ça traduit?
L’automutilation, c’est utiliser son corps pour exprimer sa douleur émotionnelle et sa détresse.Marquer son corps, lui infliger des blessures et des cicatrices peut prendre un sens particulier pour chaque personne. Il peut s’agir d’un appel à l'aide, d’une forme d'autopunition et de blâme de soi-même, généré par la honte, la haine, le dégoût de soi-même. Il peut s’agir d’une stratégie pour éviter de ressentir la douleur émotionnelle, d’un nettoyage, d’une purge, d’une tentative de recontacter la réalité et le sentiment « d'être vivante », ou encore une occasion de sentir un pouvoir et un contrôle sur sa vie.
Une personne proche de moi, qui a déjà eu recours à l’automutilation durant des périodes de grandes souffrances me racontait que, pour sa part, elle désirait afficher sa douleur, la douleur qu’elle ressentait à l’intérieur. Elle avait désespérément besoin de réconfort, d’aide, d’écoute et d’empathie mais elle n’arrivait pas à exprimer ce qu’elle ressentait. Elle vivait dans la honte et le dégoût de sa personne. Pour elle, se blesser délibérément non seulement l’apaisait, mais lui permettait d’aller chercher chez les autres l’attention dont elle avait besoin.Qui s’automutilent?Il n’y a pas de profil type. Toutefois, l’automutilation semble être plus courante parmi les jeunes femmes. Mais ce qui est certain, c’est que ce qui est commun, ce sont la souffrance et les traumatismes.Quelle en est la source?Comme je disais plus haut, ce qui est commun chez les femmes qui s’automutilent, ce sont les traumatismes vécus, généralement durant l’enfance, comme l’abus sexuel ou la violence. On rapporte que ces femmes sont également à risque de souffrir de troubles de l'alimentation, de toxicomanie ou de dépression.
Les personnes qui s’automutilent ne veulent pas se suicider.
Elles se blessent pour pouvoir continuer de vivre, pour se soulager ou pour ressentir quelque chose lorsqu'elles sont aux prises à des émotions accablantes ou un sentiment de dissociation intense. La personne qui tente de se suicider veut en finir avec la vie alors que celle qui se blesse volontairement veut soulager ses émotions. Cela dit, certaines personnes qui pratiquent l'automutilation peuvent avoir des tendances suicidaires.
On rapporte que les personnes confient se sentir soulagées après s’être infligé des blessures. Comme si les tensions s’apaisaient. Toutefois, ces moments de calme sont de courte durée et c’est pourquoi il faut constamment renouveler les séances pour obtenir cette sensation d’apaisement tant recherchée. On note aussi la présence d’éléments déclencheurs, comme des situations stressantes qui peuvent précipiter les séances d'automutilation.
Donc, comme le soulagement n’est que temporaire, et qu’éventuellement, la personne peut s’habituer à la douleur et ainsi augmenter la force des violences qu’elle s’inflige pour obtenir l’effet recherché, on constate aisément en quoi l’automutilation peut constituer une dépendance : elle en présente tous les symptômes.
Le pas à franchir
Demander de l’aide. C’est le pas le plus difficile à franchir car il faut avouer son terrible secret et affronter toute la honte qui s’y rattache.
Mais il faut comprendre que ce comportements a des causes qui sont profondes. Il y a toujours un sens à nos comportements, même si ceux-ci nous apparaissent complètement insensés. Nous, les êtres humains, nous sommes le produit, le fruit de plusieurs éléments : notre environnement, notre histoire familiale, notre personnalité, notre contexte social et économique, notre génétique, nos traumatismes et blessures du passé, etc. C’est ce que je crois.
Demander de l’aide ça peut être se confier à un proche en qui on a une confiance à toute épreuve et qui nous aime. Contacter un psychologue pour entreprendre une thérapie ou contacter une travailleuse sociale pour connaître les différentes ressources disponibles. Entreprendre une thérapie fermée dans une maison de thérapie durant quelques semaines. Contacter le CLSC.
Appeler une ligne d’écoute téléphonique. Ou, pourquoi pas, raconter son histoire sur ce blog…
Voici les recommandations de l’ Agence de Santé Publique du Canada pour venir en aide à une victime d'automutilation :
- Renseignez-vous sur l'automutilation avant de parler à la personne.
- Ne la jugez pas.- Offrez-lui votre appui et validez ses sentiments.
- Laissez-la parler des sujets qui la mettent à l'aise.
- N'insistez pas pour obtenir plus de détails si la personne semble réticente à parler de son problème.
- Essayez de lui faire comprendre qu'elle a le contrôle sur son corps, son esprit et sa vie.
- Offrez-lui de l'aider à trouver un professionnel de la santé mentale.
«Il y a environ deux ou trois mois, j'ai commencé à me faire mal pour la première fois parce que j'étais déprimée. Après, je me suis sentie mieux et ça ne m'a pas fait peur… j'ai aimé le fait de sentir quelque chose. J'ai donc commencé à me faire mal plus souvent. Maintenant, chaque fois que j'ai vraiment peur de quelque chose je me fais des blessures.»
- Anonyme -
«Au début, je me faisais mal seulement lorsque j'étais fâchée ou troublée. C'était le moyen que j'avais trouvé pour me libérer de ma colère. Mais maintenant, je m'inflige des blessures tous les jours avec tout ce qui me tombe sous la main. Je ne peux pas vraiment décrire mes émotions. Tout ce que je sais, que c'est moi qui ai le contrôle total de la situation... personne n'a un mot à dire là-dessus. J'essaie de cacher ce que je fais, parce que j'ai honte. Les chemises à manche longue sont devenus mes meilleures amies»
- Anonyme -
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